Nairobi, le 16 mars 2012

Nous avons dû prolonger notre séjour au camp-site de Wim’s Holland House à Addis pour des raisons pratiques et administratives. Renseignements pris, de passer au Kenya par le poste de Moyale nous aurait fait prendre une piste infernale côté Kenya. De plus, et malgré la distance, des bandits somaliens viendraient parfois troubler les lieux. D’où le choix de nous joindre à 2 autres véhicules et de passer plus à l’Ouest, par la piste du lac Turkana, beaucoup plus déserte, mais plus belle et moins mauvaise. Seul hic, pas de poste de douanes à la frontière pour faire tamponner notre carnet de passage, ce qui nous a obligés à palabrer une bonne demi-journée au bureau central des douanes d’Addis pour avoir le tampon. Nous avons fini par avoir gain de cause en remontant la hiérarchie jusqu’au plus haut niveau. Nous avons également obtenu en 1 journée notre visa pour le Kenya, auprès de leur ambassade à Addis.

 Finalement, nous avons pris le départ pour le Sud mercredi 29 février après-midi, pour une courte 1ère étape, jusqu’au bord du lac Langano, aux eaux légèrement rosées car chargées de sels minéraux. Jolie site que nous avons quitté le lendemain pour Arba Minch, un peu plus au Sud. En cours de route, nous avons doublé une quantité incroyable de charrettes surchargées de personnes qui se rendaient à un marché. Particularité remarquable, les hommes étaient coiffés d’un chapeau de paille « à la Bonanza ». D’Arba Minch, nous sommes allés le matin à Chencha, village proche situé en altitude et qui a gardé (encore un peu) de spécificité dans la construction de ses cases en forme d’obus. L’après-midi, après le déjeuner et quelques courses, départ pour Konzo, début d’une région semi-désertique, où les traditions ethniques restent très marquées. A partir de Konzo, en allant vers Turmi, nous avons commencé à voir sur la route des gens de l’ethnie des Hammers. Les hommes paraissent un peu efféminés. Coiffure tressé, avec une plume (d’autruche si possible), petit pagne très court autour des reins, un grand couteau et des bijoux. Parfois, certains ont un fusil ou une « Kalach ». Autre particularité, tous les hommes se déplacent avec un appuie-tête en bois sculpté, qui leur sert aussi de tabouret. Les femmes par contre ont une allure plus sauvage. Leur pagne est fait d’une peau de bête, et elles enduisent leurs cheveux, tressés et coupés au carré, de beurre qui est coloré avec de l’ocre. Les Hammers sont essentiellement des bergers nomades qui restent hermétiques au monde extérieur. Avant d’arriver à Turmi, nous avons au passage fait une halte au village de Dimeka où se tenait un marché. Spectacle étonnant que tous ces Hammers dans leur tenue traditionnelle. On a un peu l’impression d’être revenu à l’époque de la guerre du feu. Peu de chose à acheter à ce marché en dehors des produits locaux.

 Celui du lendemain matin, à Turmi, était pratiquement identique. Après le marché nous avons assisté, l’après-midi à un « bull jumping ». Ce terme anglais désigne la cérémonie initiatique des jeunes hommes Hammers qui doivent sauter et marcher sur le dos de 5 bœufs, maintenus côte à côte, 8 fois de suite sans tomber. Ils ont droit à 2essais pour réussir. En cas d’échec, non seulement c’est une immense honte pour le malheureux, mais en plus il subit une séance de flagellation administrée par les jeunes femmes. Là, il n’y avait qu’un seul élu. En fin d’après-midi, il s’est présenté entièrement nu, avec seulement un lacet croisé sur les épaules et a réussi ses 8 passages avec succès.

 Mais le spectacle le plus surprenant s’est déroulé avant. Des jeunes femmes sont arrivées, équipées de grelots aux jambes et soufflant dans des cornes, et ont commencé à danser. Peu après, des jeunes hommes sont arrivés à leur tour, avec en main des gerbes de longues branches assez fines et souples. Dés qu’elles les ont vus, les filles se sont précipitées vers eux pour leur arracher ces branches, se les disputant. Ensuite, les danses ont repris et les filles allaient solliciter les garçons, sautant devant eux en leur tendant une badine. En fait c’était pour se faire fouetter et on s’est vite rendu compte qu’il ne faisait pas semblant. A chaque coup donné, la badine souple s’enroulait autour de la taille et laissait dans le dos une strie devenant assez vite sanguinolente. Le plus étrange c’est que les filles en redemandaient, s’arrachant les badines pour les tendre aux garçons. Certaines paraissaient très excitées, plus ou moins en transes (peut être sont-elles droguées), poursuivant les garçons qui ne voulaient pas ou plus les fouetter. Nous avons eu droit à plusieurs séances de flagellation, entrecoupées de danses et de repos. Cette démonstration « sado-macho » nous a laissé une impression bizarre et fait comprendre pourquoi toutes les femmes Hammers avaient le dos strié de cicatrices.

 Nous avons quitté Turmi le lendemain pour nous diriger vers le Kenya et prendre la piste qui longe le lac Turkana. Côté Ethiopien, les formalités de sortie ont été vite expédiées au poste d’Omorate. De là, une cinquantaine de km nous ont amenés au Kenya, à Banya Fort, sur le bord Nord-est du lac.